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Immense succès public et critique lors de sa création l’an passé à la Comédie-Française à Paris, Le Tartuffe de Molière, mis en scène par Marcel Bozonnet*, se donne à entendre comme rarement. Servi par des acteurs d’exception, notamment Éric Génovèse dans le rôle-titre, le texte de Molière monté sans intention de le détourner de son propre propos prend toute son ampleur, expose ses richesses au grand jour et, sans donner de leçon, bat en brèche quelques idées reçues qui étaient déjà d’actualité au temps où l’auteur composa ces vers. Cette comédie jugée «très dangereuse» par l’archevêque de Paris en 1667, Hardouin de Péréfixe, n’est pas tant, comme nombre de commentateurs ont bien voulu le laisser entendre, une attaque nihiliste de la religion qu’une véritable raillerie désopilante et vive des imposteurs de toute allure qui abusent de la naïveté des bons. Au bonheur de goûter sans retenue aux grandes heures du Théâtre Français…
Tartuffe fut d’abord la comédie d’une fête, celle des Plaisirs de l’Ile enchantée, donnée par Louis XIV à Versailles en mai 1664. Concerts, défilés, feux d’artifice, ballets, collations, spectacles se succédèrent pour le plus grand plaisir de la Cour. La nouvelle comédie de Molière en fit rire plus d’un, mais pas tous. Elle provoqua chez les dévots une vive réaction d’hostilité. C’est que Molière a choisi de s’en prendre à l’hypocrisie religieuse. Ainsi voit-on, dans la pièce, le brave Orgon, manipulé par un faux dévot, Tartuffe, vaurien et destructeur. Le scandale soulevé par la représentation montre assez que Molière avait visé juste sur le fond ; il ne doit pas faire oublier le brio de la forme comique : la vive entrée en matière avec l’arrivée de madame Pernelle, tançant son monde sans cesser de trotter, la dispute à fleuret moucheté entre Damis et Mariane, deux amoureux à la susceptibilité éphémère, et la posture ridicule d’Orgon caché sous la table pour surprendre les minauderies de Tartuffe devant Elmire. Voilà tout l’art de « corriger les vices des hommes en les divertissant » (Molière, Premier placet au roi au sujet de Tartuffe). En 1664, Molière est un homme de théâtre reconnu. Installé à Paris depuis plus de cinq ans, il a connu le succès avec notamment Les Précieuses ridicules et L’École des femmes. A la tête d’une des trois troupes qui comptent dans la capitale, il joue régulièrement pour le roi et reçoit une pension qui lui donne une reconnaissance officielle. Cette position favorable lui attire aussi des inimitiés et plusieurs querelles. Celle du Tartuffe dura cinq ans pendant lesquels il dut faire face aux attaques des dévots, qui bénéficiaient de la protection de la reine mère et dont le noyau dur était la Compagnie du Saint-Sacrement. Il fit jouer ses relations et notamment la faveur du roi à qui il adressa plusieurs placets pour demander son soutien face aux calomnies, mais dut adoucir son propos dans une deuxième version de la pièce, qui fut autorisée définitivement en 1669. La Comédie-Française à Amiens Le Tartuffe ou l’imposteur comédie en 5 actes de Molière mise en scène : Marcel Bozonnet avec la troupe de la Comédie-Française Date : mercredi 4 octobre à 20h30 jeudi 5 octobre à 19h30 vendredi 6 octobre 2006 à 20h30 à la Maison de la Culture d’Amiens
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